Wagralim : « L’Europe, ça ne s’improvise pas »

03 Avr 2026

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Comment le pôle agroalimentaire wallon a structuré une stratégie européenne ambitieuse

Lorsque Betty Milano prend la parole, elle ne parle pas d’un projet européen comme d’un simple financement décroché. Elle parle d’un processus, d’une stratégie, d’un travail de fond mené depuis des années. Responsable de projets européens au sein de Wagralim, elle coordonne aujourd’hui plusieurs initiatives européennes majeures. Au sein du pôle, une équipe pluridisciplinaire mène des projets mêlant consortiums internationaux, soutien direct aux entreprises et mécanismes de financements en cascade.

Betty veut rendre lisible un système souvent perçu comme opaque. Et c’est précisément ce qui rend son témoignage pertinent : il permet de comprendre comment un pôle d’innovation wallon a réussi à s’inscrire durablement dans les réseaux européens.

Un pôle qui a fait de l’Europe un axe stratégique

Wagralim existe depuis 2006. Mais c’est autour de 2016–2018 que le pôle décide de franchir un cap. Dès le début, Wagralim a voulu soutenir les entreprises à l’international et pas uniquement avec des outils wallons.

« On s’est dit qu’il fallait se doter d’une vraie stratégie », explique Betty. Ce choix implique des investissements importants : la participation aux événements européens, l’intégration dans les réseaux de clusters, la construction de partenariats internationaux, la montée en compétence interne, et enfin la structuration d’une cellule Europe.

Aujourd’hui, près de la moitié de l’équipe est impliquée dans les projets européens, à un moment ou un autre. La cellule Europe composée de Betty, de sa collègue Yuan, de la co-direction et de certains membres de l’équipe, agit comme un point d’entrée, un filtre, un moteur.

Un projet européen construit sur une architecture solide

Le projet porté par Wagralim n’est pas un dossier isolé. C’est une architecture complète, pensée pour répondre aux besoins des entreprises et aux exigences de la Commission européenne. Un aspect important : l’anticipation. Identifier les entreprises et les préparer, les accompagner à répondre à un appel à projets

Wagralim coordonne ou participe à des projets qui réunissent des entreprises, des centres de recherche, des clusters européens, et des organisations sectorielles.

Certains projets sont d’une ampleur considérable. L’un d’eux, dans le domaine des biotechnologies appliquées à l’agroalimentaire, représente 4 millions d’euros, dont plus de la moitié directement allouée aux entreprises.

Les entreprises partenaires n’ont pas le temps de gérer seules : le rapportage financier, les réunions de pilotage, les contrôles, les obligations administratives…Wagralim devient alors un intermédiaire, un soutien, un garant du bon déroulement du projet. C’est pour cela que Wagralim se positionne régulièrement comme coordinateur dans des propositions de projet.

Être coordinateur d’un projet européen est exigeant. Cette position implique la rédaction du dossier, la gestion du consortium, le suivi financier, la conformité, et la communication avec l’agence exécutive.

Wagralim assume ce rôle dans près de la moitié des projets qu’il dépose.

Le parcours de candidature : un processus intense, méthodique et coûteux

L’un des apports les plus précieux de Betty est sa manière de décrire, avec précision, ce que représente réellement une candidature européenne.

Construire un projet européen, c’est identifier les partenaires, définir les objectifs, structurer les livrables, répartir les tâches, élaborer un budget cohérent, aligner les stratégies de chacun, avoir un ancrage stratégique régional, continuer à croître en compétences et à garder une équipe avec des expertises précises, et créer des synergies entre projets pour maximiser l’impact sans surcharger les entreprises. …

Chaque élément doit être justifié, argumenté, mesurable.

Déposer un projet européen représente un investissement important. En Wallonie, l’accompagnement externe pour le montage peut coûter entre 15 000 et 25 000 euros, sans garantie de succès, sachant que le pôle n’est pas éligible de l’aide régionale, chèque Horizon.

Une fois financé, le projet implique des rapports réguliers, des audits, des réunions de consortium, des contrôles financiers, des livrables à produire dans les délais.

Pour les entreprises, c’est souvent très lourd. C’est pourquoi Wagralim joue un rôle de facilitateur, prenant en charge une grande partie de ces obligations.

Le financement en cascade : un mécanisme clé du projet

Au cœur de certains projets portés par Wagralim se trouve un mécanisme encore mal connu : le financement en cascade ou cascade funding.

Betty le décrit ainsi : « C’est un mini-projet dans le projet. ».

Concrètement, il s’agit d’un grand projet européen financé par un programme. Le budget permet au consortium de lancer un appel aux projets correspondant aux besoins réels du terrain. Les entreprises peuvent alors déposer un dossier simple : cinq à dix pages maximums. Si leur projet est retenu, elles reçoivent directement le financement, hors minimis, pour le réaliser.

Pour les entreprises, les avantages sont nombreux : la procédure est simple, le projet est de courte durée (6 à 15 mois), les montants à mobiliser sont aisés à atteindre (60 000 à 120 000 euros), et il peut ainsi s’agir d’une première expérience européenne accessible.

Le coordinateur doit souvent avancer les fonds, car le préfinancement européen ne couvre pas toujours la totalité du budget réservé aux entreprises. Cela nécessite un cash-flow solide et une gestion rigoureuse.

Pour beaucoup d’entreprises, le financement en cascade est une porte d’entrée. Il permet de tester un projet, de structurer une innovation, de se familiariser avec les exigences européennes avant de se lancer dans des projets plus complexes et ambitieux.

Un projet ancré dans la réalité des entreprises

Ce qui distingue la vision de Wagralim, c’est la manière dont il s’ancre dans le terrain. Le Pôle connaît son écosystème. Il sait quelles entreprises sont prêtes, lesquelles doivent encore mûrir leur innovation, lesquelles peuvent répondre à un appel, lesquelles doivent attendre.

Cette connaissance permet de cibler les entreprises pertinentes, de diffuser les appels efficacement, ensuite d’accompagner les candidatures, et de sécuriser les projets.

La manière de travailler au sein de Wagralim illustre ce que signifie réellement « faire de l’Europe » : anticiper, se structurer, bâtir des réseaux, accompagner les entreprises, sécuriser les financements, rendre l’innovation accessible.

Grâce à une stratégie mûrie depuis près de dix ans, Wagralim est aujourd’hui l’un des acteurs les plus solides et les plus expérimentés de l’écosystème européen en Wallonie.
Et comme le rappelle Betty Milano, l’Europe est exigeante, mais elle est accessible à condition d’être bien accompagné.

Wagralim communique régulièrement sur les opportunités de financement. D’ailleurs, un cascade funding est ouvert dans le cadre du projet GRAPPA et des futurs dépôts sont prévus. N’hésitez pas à suivre les actualités du pôle et à contacter l’équipe.

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